Lundi – 16h30.

« J’ai passé hier une grande heure à regarder se baigner les dames. Quel tableau! Quel hideux tableau! Jadis on se baignait ici sans distinction de sexes. Mais maintenant il y a des séparations, des poteaux, des filets pour empêcher, un inspecteur en livrée (quelle atroce chose lugubre que le grotesque!). Donc hier, de la place où j’étais, debout, lorgon sur le nez, et par un grand soleil, j’ai longuement considéré les baigneuses. Il faut que le genre humain soit devenu complétement imbécile pour perdre jusqu’à ce point tout notion d’élégance. Rien n’est plus pitoyable que ces sacs où les femmes se fourrent le corps, que ces serre-têtes en toile cirée! Quelles mines! Quelles démarches! Et les pieds!Rouges, maigres, avec des oignons, des durillons, déformés par la bottine, longs comme des navettes ou larges comme des battoirs. Et au milieu de tout cela des moutards à humeurs froides, pleurant, criant. Plus loin, des grands-mamans tricotant et des môsieurs à lunettes d’or, lisant le journal et, de temps à autre, entre deux lignes, savourant l’immensité avec un air d’approbation. Cela m’a donné envie tout le soir de m’enfuir de l’Europe et d’aller vivre aux îles Sandwich ou dans les forêts du Brésil. »
Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, Trouville le dimanche 14 août 1853 , 4 heures.
Depuis le 20 octobre, lors de la première du spectacle « Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville, des groupes extrémistes chrétiens, à l’appel entre autre de l’association Civitas, ont tenté, par des agressions en dehors et à l’intérieur du théâtre, d’empêcher les représentations du spectacle.
Selon la pétition « le théâtre contre le fanatisme », disponible sur le site du Centquatre , l’association AGRIF a déposé un recours pour faire interdire le spectacle tout d’abord au Théâtre de la Ville puis au Centquatre. Le tribunal de grande instance et le tribunal administratif ont débouté l’association et donné raison au Théâtre de la Ville et au Centquatre.


Quand j’étais plus jeune, j’étais animée d’une envie brûlante d’accès à la culture, de démocratisation et de vulgarisation de l’art contemporain. J’étais pleine de fougue, à tel point que j’aurais pu rédiger les édito mielleux des petits guides culturels parisiens.
Le temps ayant fait son œuvre, quand j’ai jeté un coup d’oeil sur l’édito du programme de la Nuit Blanche édité par la ville de Paris, j’ai dégluti nerveusement. Bertrand Delanoé y parlait des directeurs artistiques en ces termes: « L’esprit de la Nuit blanche c’est surtout celui du partage (…) et son succès permet maintenant à d’autres villes de partager ce moment de découverte et d’échange. »
Ahem. Il y a quelques années, j’aurais trouvé cette phrase noble et pleine d’espoir.
Christophe Girard poursuit » Parce que la ville de Paris croit aux promesses de la nuit, à sa force poétique, avec cette 10e édition de la nuit blanche, nous offrons à l’art contemporain et à ses artistes la totale liberté d’aimer Paris le temps d’une nuit »
Haha.
Attention, gros moment de #lol avec les délicieux propos recueillis par Fabienne Pascaud, rédactrice en chef de Télérama et critique de théâtre, à propos du film La Conquête. C’est parti, ouvrez grand vos yeux, musclez vos maxillaires et remerciez Dieu pour l’époque formidable dans laquelle on vit. On reparlera de l’affaire DSK plus tard. Bonne lecture…
