Depuis le 20 octobre, lors de la première du spectacle « Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Romeo Castellucci au Théâtre de la Ville, des groupes extrémistes chrétiens, à l’appel entre autre de l’association Civitas, ont tenté, par des agressions en dehors et à l’intérieur du théâtre,  d’empêcher les représentations  du spectacle.

Selon la pétition « le théâtre contre le fanatisme », disponible sur le site du Centquatre , l’association AGRIF a déposé un recours pour faire interdire le spectacle tout d’abord au Théâtre de la Ville puis au Centquatre. Le tribunal de grande instance et le tribunal administratif ont débouté l’association et donné raison au Théâtre de la Ville et au Centquatre.

Ce spectacle court représente un vieillard atteint de la maladie Parkinson qui se vide de ses excréments devant son fils débordé et une reproduction en très grand format du visage du Christ peint par Antonello da Messina (exposé à la National Gallery de Londres). Romeo Castellucci, dont les spectacles sont d’habitude plus obscurs, livre ici des interrogations dont la simplicité échappe aux extrémistes: sommes-nous prêts à accompagner nos parents jusqu’à leur déchéance ? Qu’est devenu le message d’amour du Christ dans une société qui refuse de voir la déchéance des personnes âgées en fin de vie ?

Face à l’incompréhension, et la violence des attaques et accusations, un démenti a été publié sur le site du Centquatre, dans lequel Le Théâtre de la Ville, en sa qualité de producteur du spectacle, et le Centquatre, lieu d’accueil du spectacle, mettent en avant leur en accord avec  Romeo Castellucci, et démentent formellement une information fausse d’abord émise par les opposants aux représentations du spectacle, puis relayée par certains médias, selon laquelle « des excréments sont jetés, durant la représentation, sur le visage du Christ« . Romeo Castellucci affirme au contraire,  dans un communiqué daté du 22 octobre dernier qu’ « Il est complètement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle. C’est faux et je trouve cette idée horrible. Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noire descendant tel un suaire nocturne« . Des extraits vidéos sont disponibles ici.

L’assertion erronée n’est pas un détail, car elle est continuellement mise en avant par ceux qui, depuis le 20 octobre dernier, ont tenté d’empêcher les représentations du spectacle au Théâtre de la Ville par des jets de lacrymogènes, d’huile de vidange et d’œufs sur les spectateurs, des tentatives d’empêchement de l’entrée du public.

Il est d’ailleurs à noter que ce spectacle a été présenté sans troubles en Allemagne, en Belgique, en Norvège, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Russie, aux Pays-Bas, en Grèce, en Suisse, en Pologne et en Italie, et que c’est en France qu’ont lieu ces manifestations d’intolérance.

Un comité de soutien a donc été crée, s’adressant à toutes les personnes de bonne volonté, pour défendre au-delà même du spectacle de Romeo Castellucci, la liberté d’expression, la liberté des artistes et la liberté de pensée, contre ce nouveau fanatisme. Emmanuel Demarcy-Mota, directeur et l’équipe du Théâtre de la Ville,José-manuel Gonçalvès, directeur et l’équipe du Centquatre sont signataires de ce texte. Les soutiens peuvent être envoyés par e-mail à l’adresse suivante : comite-de-soutien-castellucci@theatredelaville.com

Au-delà de cette pièce, les intégristes ont une nouvelle cible : « Golgota Picnic », une pièce de Rodrigo Garcia qui met en scène « une crucifixion tragique et trash », attendue à Toulouse en novembre et à Paris en décembre, au Rond-Point. « Nous recevons déjà des menaces, témoigne le directeur du Théâtre, Jean-Michel Ribes. C’est grotesque et affligeant. Je n’ai pas peur, et j’invite les spectateurs à venir en masse pour déjouer cet obscurantisme. »

« Sur le concept du visage du fils de Dieu », jusqu’au 6 novembre au Centquatre, puis au TNB de Rennes du 10 au 12.

« Golgota Picnic » , du 8 au 17 novembre au théâtre du Rond-Point.